10.02.2010

2012 : quels candidats possibles ?

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A deux ans de la campagne présidentielle de 2012, interrogeons-nous sur la composition actuelle du paysage politique français, et sur le casting qu'elle laisse apparaître à ce jour quant aux candidatures probables et possibles pour l'élection suprême. Je vous propose trois catégories : 1) Les Incontournables ; 2) Les J'en meurs d'envie ; 3) Les Pourquoi pas. Chaque catégorie est présentée selon un éventail politique parcouru de droite à gauche.

1) LES INCONTOURNABLES

- Marine Le Pen, FN. La benjamine de Jean-Marie Le Pen sera pour la première fois en campagne présidentielle pour son propre compte. Elle devrait donc rencontrer moins de difficultés que lors de la dernière campagne, où la plupart de ses interventions médiatiques furent consacrées à l'explication et au démenti timide de propos controversés tenus par son père. Elle devra aussi trouver et définir un nouveau créneau électoral, la droite républicaine, et même une certaine gauche ne rechignant plus désormais à s'approprier certains symboles et thématiques jusqu'alors monopolisés par l'extrême droite.

- Nicolas Sarkozy, UMP. Même s'il en fait encore mystère, Nicolas Sarkozy ne devrait pas parvenir à se sevrer en deux ans de l'addiction au pouvoir. La probable confrontation avec son rival juré, Dominique de Villepin, devrait lui ôter ses dernières hésitations. Il sera donc vraisemblablement candidat, et aura à faire valoir un bilan certes fourni, mais pour autant difficile, dans un contexte de crise économique et de tensions internationales persistantes. S'il a pour l'instant réussi à unifier son camp (à l'exception des irréductibles villepinistes), il devra orienter sa campagne en fonction de celle de la gauche et de son éventuel rassemblement dès le premier tour - ce qui paraît peu probable, mais très efficace le cas échéant.

- Dominique de Villepin, UMP (pour l'instant). L'ancien Premier ministre ira au combat, c'est pratiquement assuré, et ce quel que soit le résultat de sa comparution en appel. Pour ce faire, il devra d'ici à 2012 créer son propre parti à partir du Club présidé par Brigitte Girardin, réunir des fonds, et ajuster sa stratégie en fonction de sa véritable ambition : veut-il y aller pour gagner ou seulement pour faire perdre Nicolas Sarkozy ?

- François Bayrou, MoDem. Une fois de plus, n'en doutons, pas, François Bayrou entrera de plain-pied dans la seule élection qui l'intéresse vraiment. Il aura pour autant à faire valoir un point de vue original. Son programme se limitait en 2007 à trois points principaux : un complot médiatico-politique visant à l'anéantir, une haine viscérale et absolue de Nicolas Sarkozy, et le refus de choisir en tre droite et gauche. Or entre temps il fut provisoirement la coqueluche des médias, Sarkozy a été élu, et il fut clair pour tout le monde au second tour de la présidentielle 2007 que son impartialité affichée n'était qu'un vernis très friable. C'est donc toute une crédibilité qui est à reconstruire pour lui, dans un contexte d'isolement avancé, les personnes compétentes acceptant de travailler avec lui se comptant sur les doigts d'une seule main.

- Cécile Duflot, Les Verts. La surdouée des écolos a non seulement réussi à mettre en place une unité apparente jamais atteinte depuis l'histoire du mouvement, mais elle a aussi eu l'intelligence de s'allier Daniel Cohn-Bendit pour exploser le score de son parti aux dernières élections européennes. Si ce dernier souhaiterait que les Verts renoncent aux présidentielles en échange d'un groupe parlementaire digne de ce nom à l'Assemblée Nationale, il en faudrait beaucoup plus à Cécile Duflot pour renoncer à briguer le pouvoir présidentiel. Et il y a peu de chances qu'elle y fasse de la figuration.

- Jean-Luc Mélenchon, Parti de Gauche. Il est à mon avis (forcément subjectif) l'homme politique le plus brillant médiatiquement parlant de l'année 2009, et si cela ne se voit pas encore, la campagne présidentielle le révèlera au grand public. Jean-Luc Mélenchon, s'il ne prend pas la grosse tête, risque de réussir là où Chevènement, le PCF et l'extrême gauche ont toujours échoué, à savoir proposer une alternative crédible à la gauche du PS. Son ancrage très à gauche (comme le prouvent son attachement fraternel au PCF et le nom de son parti) lui permettent d'être à l'aise sur les terrains sociaux, et de tenir en même temps un discours dénué des ambiguités de la social-démocratie, qu'il abhorre. Mais il reste en même temps un républicain acharné et intransigeant, ce qui rassure les électeurs frileux et attire les déçus des manoeuvres d'appareil. Ajoutez à cela une verve chirurgicale, et vous avez l'outsider le plus prometteur de la campagne 2012. Sa place électorale se fera au détriment du PS d'un côté et du PC et du NPA de l'autre : c'est donc un paramètre important à prendre en compte pour ces trois formations. 

- Marie-George Buffet, PCF. La secrétaire du PCF peut certes être flattée de voir certaines de ses idées défendues avec tant de fougue par l'étalon Mélenchon, il n'en reste pas moins qu'il lui sera difficile d'espérer atteindre les 5% s'il se présente. Une candidature commune du type "Front de gauche" serait la meilleure des solutions, mais supposerait aussi que le PCF n'ait pas de candidat pour la première fois depuis très, très longtemps... Tout est dans la définition d' "intérêts réciproques"...

- Olivier Besancenot, NPA. Au rendez-vous, tout simplement.  

2) LES J'EN MEURS D'ENVIE

- Christine Boutin, Parti Chrétien-Démocrate. L'ex ministre du Logement, sans doute toujours très vexée, ne manquera pas l'occasion de mettre des bâtons dans les roues de Sarkozy. Il est fort à parier qu'elle rejoigne Dominique de Villepin et Nicolas Dupont-Aignan si sa propre candidature lui paraît inutile - ce qui a fort peu de chances de se produire. Une réintégration dans l'UMP après une ou plusieurs promesses de ministères est aussi envisageable (c'était le scenario de 2007).

- Ségolène Royal, PS (pour l'instant). Investie ou non par des primaires, il est prévisible que Ségolène Royal se lance dans la bagarre sans autre forme de procès : ce sera sans doute sa dernière chance, les jeunes lions du PS s'aiguisant déjà les dents à intervalles réguliers sur sa conception de la politique. Il lui faudra alors créer son propre parti (Désirs d'avenir ?). Autre hypothèse : un parti commun avec Dominique de Villepin, avec qui elle s'entend à merveille. La question cruciale serait alors celle du/de la candidat(e) pour 2012.

- François Hollande, PS. Candidat à la candidature affiché, adoubé pour l'instant par Jacques Chirac, pour qui "chaque pas doit être un but"... contre son camp. Demandez à Giscard.

- Dominique Strauss-Kahn, PS. Candidat à la candidature plébiscité par les sondages, auréolé de tout l'exotisme nord-américain que lui confère sa responsabilité au FMI. Son point faible : la facilité à demeurer dans l'expectative sans prendre de décision.

- Martine Aubry, PS. Candidate à la candidature légitime en tant que Première secrétaire. Ses points faibles : la forme contestée de son élection à la tête du PS et son ancrage à gauche du fait des 35 h, qui la coupe de l'électorat social-démocrate que Strauss-Kahn raflerait.

- Laurent Fabius, PS. La "der des der" pour celui qui fut le plus prometteur des Premiers ministres socialistes - mais qui a le moins tenu. Les circonstances de la vie politique ne l'ont jusqu'alors pas gâté, et il sera sans doute prêt à en découdre pour obtenir ce combat de la dernière chance.

- Pierre Moscovici, PS. Lentement mais sûrement, Moscovici tisse sa toile au PS. Moins virulent que Manuel Valls, moins sulfureux que Julien Dray, moins précieux qu'Arnaud Montebourg, il pourrait fort bien en surprendre plus d'un dans un parti ou pour convaincre il faut en afficher le moins possible.

3) LES POURQUOI PAS

- Nicolas Dupont-Aignan, DLR. Allié déclaré de Villepin, le gaulliste de Debout La République se présentera certainement si pour quelque raison que ce soit l'ancien Premier ministre ne peut le faire.

- Daniel Cohn-Bendit, Europe Ecologie. Il prétend le contraire, mais cela semble du déni pathologique - car il en a certainement envie. Pour autant, il s'est assez apitoyé sur les divisions chroniques régnant au sein des Verts pour rester cohérent quant à sa réserve affichée, et s'en tenir à son premier discours, sauf incident notable bien entendu. 

- Hubert Védrine, PS. Le plus brillant des socialistes vivants ne s'abaissera pas à se rouler dans la boue en compagnie de concurrents prêts à tout pour lui passer sur le corps, mais si le PS avait l'idée de le mettre à sa tête pour l'élection présidentielle, il serait sans aucun doute possible le fossoyeur du sarkozysme sous sa forme actuelle. Il y a toutefois peu de chances que cela arrive.

01.02.2010

Villepin, entre stratégie de rebond et sondages

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Dominique de Villepin était hier vendredi 29 janvier l'invité du Grand Journal de Canal Plus. L'occasion pour lui de peaufiner sa stratégie de rebond après l'annonce de l'appel du parquet de Paris, et ce à l'heure où les premiers sondages évoquent déjà l'éventualité de sa participation aux élections présidentielles de 2012.

L'ancien Premier ministre avait tout d'abord réagi avec une colère froide à l'annonce de l'appel du parquet, claironnée sur Europe 1 par le procureur de la République Jean-Claude Marin. Vendredi, c'est avec une volonté affichée de tourner la page qu'il s'est soumis aux questions de Michel Denisot et de ses chroniqueurs, appuyés pour l'occasion de Jean-Michel Aphatie, Thomas Legrand et Alain Duhamel.

Mais les choses ne sont pas si simples, et les téléspectateurs ont pu se rendre compte que malgré la conviction, le verbe et le talent de Dominique de Villepin, la page en question restait bien difficile à mouvoir : il demeurait fort difficile pour lui de quitter des yeux le spectre magnétique de son rival pour les diriger vers un avenir dont seuls les français décideraient, dans un isoloir où nul procureur n'a d'influence.

Sans doute conscient au fond de lui de cette réalité, Dominique de Villepin a toutefois tenu à façonner un nouveau personnage, celui d'un homme à la fois détaché des brouilles personnelles et attentif seulement aux réalités républicaines, dont ses partisans ne peuvent que regretter qu'il ne se soit pas imposé plus tôt. Et pourtant, même dans ces élans perce toujours une pointe d'amertume qui aplatit systématiquement un propos qui s'envolait enfin à la hauteur des ambitions de l'homme :

« Je tourne la page de cette affaire judiciaire et je veux aller à la rencontre des français parce que j’estime qu’on ne peut pas à la fois régler des comptes politiques, qu’on ne peut pas à la fois multiplier les coups bas, comme le fait aujourd’hui le pouvoir à mon endroit, et en même temps servir les français, donc pour moi la priorité est claire : c’est m’abstraire de tout cela. Et j’entends rassembler tous ceux qui veulent proposer une alternative à une politique dont je crains qu’elle n’apporte pas les résultats que j’espère. »

Ainsi en sera-t-il aussi lorsque Dominique de Villepin répondra à la prophétie de Jean-Michel Aphatie, prédisant de fait une nouvelle guerre des droites. Incapable de se détacher de son adversaire politique, c'est encore en faisant référence à Nicolas Sarkozy qu'il tentera de marquer sa capacité à dépasser la situation actuelle :

« Je refuse toute guerre fratricide. J’ai vécu, j’étais aux premières loges de la bataille entre Edouard Balladur et Jacques Chirac, et je ne veux pas revivre cela. Et je ne prêterai pas la main à cette division-là. Je sais, pour avoir vu hier sur les écrans de télévision quelques séides lâcher leurs munitions avec cette volonté de faire mal, avec cette volonté d’abattre – je ne ferai jamais cette politique-là. […] Entre l’indignation que j’exprime et l’attitude politique qui sera la mienne, croyez-moi, je ne ferai rien qui puisse nuire à mon pays, et qui puisse nuire à l’idée que je me fais de la politique. Ce n’est pas parce qu’on vous tire dessus, ce n’est pas parce qu’on vous hait que vous avez  l’obligation de faire pareil. […] Je ne rendrai pas coup pour coup. Ce n’est pas parce que Nicolas Sarkozy veut me traîner dans la boue que je répondrai. Je crois que ce n’est pas cela la politique, et surtout je crois que c’est une image terrible que nous donnons aux français, et les français méritent mieux que ça, dans un moment qui est un temps d’épreuve pour eux, où nous devons, où nous avons le devoir d’apporter des réponses. »

Obsession, magnétisme, fascination, haine : autant de mots toujours incomplets sémantiquement pour définir le lien destructeur qui unit ces deux hommes, qui brouille leur raison, qui éclabousse leur avenir à court ou moyen terme. Comment Dominique de Villepin, grand orateur et homme politique rationnel s'il en est, peut-il dans une tirade consacrée au refus d'une "guerre fratricide" continuer à accuser Nicolas Sarkozy ? Comment ce dernier, dont le sens politique confine souvent au génie, peut-il mettre son adversaire de toujours sur une rampe de lancement pour les présidentielles 2012, alors qu'il lui suffisait pour l'en priver d'une part de ne pas rester partie civile dans ce procès, et ensuite de bloquer l'appel du parquet - puisque tout le monde s'accorde à dire qu'il avait (ou eut) son mot à dire sur la question ?

La réponse est simple : aucun des deux ne parvient à garder la tête froide lorsqu'il s'agit de l'autre. Chacun son tour, ces deux personnalités symétriques et pourtant concurrentes pèchent soit par excès d'orgueil en sous-estimant l'adversaire, qui n'a pourtant depuis le temps plus de secret pour elle depuis bientôt deux décennies. Et tour à tour, Villepin et Sarkozy se déçoivent mutuellement, alternant chacun les périodes de volonté d'apaisement et de volonté d'en découdre, mais toujours à contre-temps l'un de l'autre.

C'est ainsi que ma mâchoire inférieure subit une attraction terrestre prononcée lorsque, après avoir vertement tancé le Président, en avoir précisé l'inhumanité et l'acharnement, Dominique de Villepin s'est ému avec sincérité de ce qu'il n'avait pas reçu, à l'énoncé du rendu du tribunal, d'appel de... Nicolas Sarkozy :

« J’ai reçu hier le coup de téléphone de Jacques Chirac. J’ai reçu hier le coup de téléphone d’Alain Juppé et de beaucoup d’amis de ma formation politique, de Ségolène Royal, et d’autres membres de la gauche. Je dois vous dire que je n’aurais pas trouvé tout à fait anormal de recevoir, après cinq ans d’épreuve, cinq ans de calomnie, cinq ans de suspicion, je n’aurais pas trouvé tout à fait anormal de recevoir de la part de Nicolas Sarkozy que j’ai bien connu et qui a été mon ministre, dont l’épouse est une amie de ma femme, que j’ai moi-même connue longtemps avant Nicolas Sarkozy, je n’aurais pas trouvé tout à fait anormal de recevoir un coup de fil en disant « voilà, la justice s’est prononcée, j’ai dit « que la justice fasse son travail », elle s’est prononcée sans aucune ambigüité, et bien tournons la page. » Je n’aurais pas trouvé cela anormal, et cela aurait grandi la politique. Il se trouve qu’au même moment je savais que c’était exactement la décision inverse qui se préparait. »

Evidemment et comme en écho, cette déclaration appela la citation par Jean-Michel Aphatie d'une phrase lâchée récemment par Dominique de Villepin à Raphaëlle Bacqué du Monde : "Le vrai problème de Sarkozy, au fond, c'est qu'il m'aime trop...", ramenant le duel judiciaire à sa portée affective - qui au vu des quelques lignes figurant ci-dessus pourrait bien en être le noyau. Comme pour nous donner raison, Dominique de Villepin appelé à réagir à ses propres mots les jugea "incongrus". Dont acte.

Mais quel que soit le fin mot de l'histoire, c'est bien en chiffres électoraux qu'elle est appelée à se traduire : La Provence publiait ainsi samedi une estimation intéressante des français prêts à voter pour Dominique de Villepin, qui plus est en les regroupant par tendance politique :

"48% des Français souhaiteraient que l'ancien Premier ministre soit candidat en 2012 (51% contre). 54% des électeurs de Ségolène Royal (PS) en 2007 et 46% de ceux de François Bayrou (MoDem) sont également favorables à sa candidature. Aux extrêmes, Dominique de Villepin séduit 46% des électeurs d'Olivier Besancenot (NPA) et 53% des partisans de Jean-Marie Le Pen. Le résultat le plus étonnant est au sein de l'UMP. 43% des personnes qui avaient voté en faveur de l'actuel président de la République sont favorables à la candidature de Dominique de Villepin. Un chiffre sans appel qui va bien au-delà du seul cercle des déçus du sarkozysme, même si 36% des UMP se déclarent totalement opposés à cette candidature."

L'intérêt provoqué par une telle candidature est donc bien réel, et - point important - il contamine toutes les composantes du paysage politique français. Par son entêtement à régler publiquement et aux yeux des médias une éventuelle affaire destinée à lui barrer la route des présidentielles 2007, et ce alors même qu'il les avait remportées, Nicolas Sarkozy est en train d'ouvrir un boulevard à Dominique de Villepin vers celles de 2012. Reste à savoir si cet acte manqué n'est pas dicté par le besoin affectif d'une fois de plus se confronter à lui : Bruno Le Maire ne rapporte-t-il pas dans Des Hommes d'Etat cette phrase de Nicolas Sarkozy, avoué à Villepin un jour de novembre 2006 : "D'ailleurs, c'est ce que j'aurais voulu : un mano a mano. Seul avec vous" ?

Billet publié sur AgoraVox

L'affaire Clearstream par Laurent Fabius

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Interrogé ce 1er février par Jean-Michel Aphatie sur RTL, Laurent Fabius a donné son sentiment sur l'affaire Clearstream : elle rappelle selon lui un tableau de Goya exposé au Prado, intitulé Duel à coups de gourdin.

29.01.2010

Villepin / Sarkozy : nouvelle donne et premières erreurs

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Dominique de Villepin relaxé : la planète médiatico-politique ne parle plus que de cela, et à juste titre, tant il est vrai que c'est certainement le déroulement des prochaines élections présidentielles qui se joue en ce moment.

LES FAITS

Un des symptômes de l'agitation ambiante est certainement l'accrochage qui opposa ce 29 janvier sur RTL Xavier Bertrand à Jean-Michel Aphatie : ce dernier, excédé d'être une fois de plus accusé, en tant que journaliste, d'être responsable de la médiatisation du procès et de ses retombées "qui ne font pas partie des préoccupations des français" (dixit Xavier Bertrand) a en effet immédiatement et les yeux dans les yeux réfuté les propos du premier secrétaire umpien, qui ne s'attendait pas à une telle répartie. Pense ce que tu veux d'Aphatie, camarade lecteur, mais il ne manque pas de tempérament, le journaliste basque.

Hier 28 janvier, c'est avec soulagement et reconnaissance que Dominique de Villepin avait accueilli l'annonce de sa relaxe :

"Mon innocence a été reconnue. Je pense à cet instant à ma famille qui a connu jour après jour la rumeur et la suspicion. Je salue le courage du tribunal qui a su faire triompher la justice et le droit sur la politique. Je suis fier d'être le citoyen d'un pays, la France, où l'esprit d'indépendance reste vivant. Je n'ai aucune rancoeur, aucune rancune. Je veux tourner la page. J'ai été blessé par l'image que l'on a voulu donner de la politique, de l'engagement qui a été le mien, pendant trente ans, et c'est vers l'avenir que je veux me tourner pour servir les Français et contribuer dans un esprit de rassemblement au redressement de la France".

Hier il était bien évidemment tentant de voir les villepinistes renforcés par cette issue, celle de la relaxe : blanchi ainsi qu'il l'avait annoncé, immédiatement prêt à se lancer dans la bataille des présidentielles, Dominique de Villepin semblait donner raison à certains sondages qui le gratifiaient déjà avant l'issue du procès de près de 8% d'intentions de vote. De quoi donner des cheveux blancs et des nuits de la même couleur au Président, officiellement indécis quant à 2012.

LA NOUVELLE DONNE A DROITE

Il était depuis longtemps évident que Sarkozy rendait service à son rival en affichant publiquement - et parfois maladroitement - sa volonté de le voir condamné. Ce mélange des genres a non seulement donné une tribune crédible à Dominique de Villepin pour y fustiger l'acharnement d'un homme et d'un pouvoir, mais cela a aussi éloigné le procès des faits qui y étaient traités - et par-là multiplié exponentiellement la portée politique du rendu final.

Résumons : à droite, il y a l'UMP, qui parcourt l'échiquier politique (de droite à gauche) depuis Philippe de Villiers et son MPF jusqu'à Eric Besson (Progressistes) et Jean-Marie Bockel (Gauche Moderne), en passant par les Radicaux de Jean-Louis Borloo et les Nouveaux Centristes de Hervé Morin. Ce qu'ont en commun ces différents courants, c'est d'être unis autour du Président de la République, Nicolas Sarkozy : l'UMP est avant tout sarkozyste.

Tout l'UMP ? Non : un petit bastion d'irréductibles villepinistes résistent toujours à l'hégémonie sarkozyste. Leur potion magique ? Le verbe Villepinien. Leur ambition ? Porter Dominique de Villepin à l'Elysée.

Entre ces deux camps (ou dans les deux à la fois), quelques francs tireurs revendiquant leur liberté et de ton et leur indépendance nommés François Baroin, Jean-François Copé ou Bruno Le Maire. Ce sont ceux-là qui, n'en doutons pas, feront dans les prochains mois bouger les lignes au sein de l'UMP. Prenons un exemple concret : d'après Christophe Barbier, il y a quelques jours Jean-François Copé voyait ainsi la suite de sa course à 2017 :

"Dès après les régionales, le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale veut entamer une nouvelle phase de sa stratégie: se mettre au service de la campagne présidentielle 2012 du chef de l'Etat, en nourrissant son programme des idées de son club, Génération France."

Les raison de ce ralliement imminent sont évidentes : peu d'hommes politiques ressemblent autant à Nicolas Sarkozy que Jean-François Copé, tant par la force de leur ambition que par la manière de la concrétiser. Du coup, prendre sa suite en 2017 suppose que les français veulent un plébiscitent un second Nicolas Sarkozy, donc que le premier ait réussi ses mandats. CQFD.

Mais qu'en sera-t-il désormais après ce premier rendu judiciaire ? Dominique de Villepin blanchi et à la tête d'un nouveau parti de droite gaulliste (je penche personnellement pour République Irréductible), cela supprime l'option d'une alternative copéiste à l'intérieur de l'UMP, la véritable opposition de droite se cristallisant désormais dans ce nouveau parti. Il faudra donc que Copé choisisse, soit l'opposition à Sarkozy au service de Villepin, soit le ralliement sarkozyste sans condition. Et ce choix pèsera, pour lui comme pour Villepin.

François Baroin est dans une position moins ambiguë : il est très probable que son ralliement à Villepin soit immédiat, lui qui en tant que chiraquiste (plus que chiraquien) ne voit en Sarkozy qu'un dilapideur d'héritage.

Le cas le plus intéressant est certainement celui de Bruno Le Maire : le ministre de l'Agriculture, candidat aux régionales en Normandie, est peut être moins bruyant que la plupart de ses congénères ambitieux, mais garde pour autant un maximum de chances de jouer un (sinon le) rôle principal dans la décennie qui s'avance : si le duel Sarkozy / Villepin s'éternise, seul un homme tel que lui saura réconcilier la droite en friches, c'est à dire un homme ferme dans ses convictions, loyal dans ses amitiés, moderne dans sa conception de la politique et éminemment crédible sur la scène internationale. 

Hier, Dominique de Villepin a donc donné (avec l'aide des juges en charge du dossier) un grand coup de pied dans la fourmilière UMP. Pour autant, il n'est pas à l'abri de gâcher son capital médiatique de crédibilité : tout reposera sur sa stratégie de conquête du pouvoir - et celle-ci ne paraît pas si bien engagée que cela.

PREMIERES ERREURS

Après le rendu du tribunal, l'atmosphère semblait à l'apaisement : Villepin était heureux, son club explosait sous les connexions, Brigitte Girardin parlait de fondation de parti politique et François Goulard de présidentielles... mais la fête tourna court dès 18h, quand Maître Thierry Herzog (avocat du chef de l'Etat) parla sur RTL - certes avec des mots choisis - de son mécontement au vu de l'issue du procès. Entre temps, l'Elysée avait fait savoir par un communiqué (prêtant à polémique d'un point de vue juridique) que Nicolas Sarkozy ne ferait pas appel. Puis, ce 29 janvier au matin, c'est sur Europe 1 que Jean-Claude Marin, procureur de la République, annonçait son attention de faire appel :

"Le tribunal n'a pas tiré toutes les conclusions de ce qu'il a entendu. Tout n'a pas été dit dans cette affaire. Il y a place encore pour faire émerger une part de vérité."

Invité à cette heure-là de BFMTV, Dominique de Villepin a répondu sans prendre de gants à cette nouvelle certainement frigorifique pour celui qui espérait au fond de lui "tourner la page". Lui qui la veille ne ressentait "aucune rancoeur, aucune rancune" a pourtant réussi très vite à trouver des mots qu'Edmond Dantès n'aurait pas reniés :

"Jean-Claude Marin ne souhaitait pas que le premier procès ait lieu, parce que je l'ai entendu de sa bouche, il savait qu'il n'y avait rien dans ce dossier à me reprocher. Il décide, dit-il, ce matin, de faire appel. [...] Ce qu'elle montre, cette décision, c'est qu'un homme, Nicolas Sarkozy, Président de la République, préfère persévérer dans son acharnement, dans sa haine, plutôt que d'assumer la responsabilité de sa fonction, c'est à dire de défendre les institutions. Il est le garant de la magistrature, il est le garant de la justice française, il s'enferme dans sa haine, ce qui n'est pas la vocation d'un Président de la République."

Que s'est-il passé entre l'annonce de l'appel et cette déclaration de l'ancien Premier ministre ? Face à ce nouveau coup du destin, Dominique de Villepin avait une chance unique de s'approprier définitivement la posture présidentielle, celle à laquelle selon lui Nicolas Sarkozy n'a jamais accédé, celle d'un homme capable de s'abstraire du brouhaha ambiant pour ne regarder que la République les yeux dans les yeux, d'égal à égal. Il lui suffisait de rester sur le rendu de tribunal de la veille, de se placer au-dessus de toute polémique, de renouveler sa confiance à la justice qui une fois déjà l'avait blanchi, le tout en prenant bien soin de ne pas prononcer le nom de Sarkozy - histoire de s'en démarquer ostensiblement.

Mais Villepin a raté cette occasion, et a foncé tête baissée dans le piège qui s'entrouvrait sur son chemin, celui de la stratégie perdante. En reportant à nouveau le débat sur le terrain d'un affrontement duettiste, et indépendamment de la légitimité qu'il avait à le faire, il a ce matin précocement quitté le préau présidentiel pour retourner dans la cour de récréation politique. Battre Sarkozy en faisant du Sarkozy, cela paraît difficile. Aura-t-il de sitôt une autre opportunité de marquer aussi clairement sa différence ? Rien n'est si sûr : aujourd'hui, ce que les français ont entendu, c'est que Dominique de Villepin n'est qu'un membre supplémentaire de la confrérie des STR, les "Sarkozy Toujours Responsable". Errare humanum est, perseverare diabolicum. L'alternative attendra.

Billet publié sur AgoraVox

28.01.2010

Le scandale Védrine

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Une fois de plus en ce 28 janvier 2010 j'ai eu l'impression en écoutant Hubert Védrine sur France Inter que sa sous-exploitation politique et intellectuelle au sein de la gauche française était, plus qu'une négligence, un réel scandale.

Depuis désormais près de huit ans, la gauche socialiste française se déchire et pleure après un(e) leader hypothétique, en regrettant qu'aucun(e) ne se détache de manière évidente et naturelle. Ce type de récrimination pour un parti qui compte dans ses rangs un intellectuel et homme d'état de la trempe d'Hubert Védrine est un symptôme inquiétant supplémentaire du fonctionnement de l'appareil socialiste : au lieu de permettre à ses élites légitimes de prendre sa tête, ne serait-ce que pour le mener à la victoire électorale, ce parti s'obstine à montrer de lui-même le spectacle ubuesque de divisions qui ne détonneraient au sein d'une cour de récréation que par leur ridicule trop appuyé.

Hubert Védrine aura 65 ans en 2012. En ce début de 21ème siècle, c'est un âge qui reste respectable, mais qui n'a jamais été aussi peu synonyme de vieillesse, surtout pour quelqu'un dont le père est décédé (il y a trois jours) à l'âge canonique de 96 ans.

Est-ce un indice ? Certains internautes semblent avoir découvert que tous les noms de domaine associant Hubert Védrine à 2012 ont été réservés : l'ancien ministre de Jacques Chirac et Lionel Jospin aurait donc peut être les idées moins courtes que ses congénères socialistes. Ceci lui promet de joyeuses représailles s'ils s'en aperçoivent, tant il est vrai qu'au PS ceux qui sortent positivement du lot doivent très vite être remis "à leur place", c'est à dire au bout de la file d'attente des ambitieux médiocres. Une drôle d'interprétation des mots "égalité" et "fraternité". La méritocratie ? Un mythe de droite. Jaurès, relève-toi...

07.01.2010

Philippe Séguin 1943 - 2010

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Philippe Séguin : 21 avril 1943 - 7 janvier 2010

Il était l'un des plus grands serviteurs de l'Etat et de la République que notre génération aura connu, incapable de concession ni de compromission. Et si c'était sa force, ce fut aussi certainement la raison de ses retraits réguliers quand son charisme, ses qualités et son talent lui auraient permis d'ambitionner les plus hautes fonctions - et même la plus haute.

"Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, toute la face de la Terre aurait changé", s'exclamait Pascal il y a quelques siècles. Qu'en aurait-il été de celle de la France si Philippe Séguin en avait été le Président de la République ?

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Merci.

16.11.2009

Jacques Chirac et François Mitterrand : Je t'aime, moi non plus

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Le 5 novembre dernier paraissaient aux éditions du NiL le premier tome des mémoires de Jacques Chirac. Leur titre, Chaque pas doit être un but, est une citation de Goethe, extraite de ses Conversations, publiées en 1823. Il serait toutefois utile de préciser qu'il s'agit seulement d'une partie tronquée de la citation, dont voici l'intégralité :

"Ce n'est pas assez de faire des pas qui doivent un jour conduire au but, chaque pas doit être lui-même un but en même temps qu'il nous porte en avant."

Cette publication, fort attendue et à peine entachée des nouveaux déboires judiciaires de Jacques Chirac (eux-mêmes accentués par un nouvel accès de colère de l'impétueux Charles Pasqua) a bien entendu été le prétexte d'une tournée médiatique dont l'ampleur n'a échappé à personne. Une phrase en particulier a retenu mon attention : elle fut prononcée le 5 novembre par Jacques Chirac lui-même au cours de l'entretien (exclusif, évidemment) accordé à Europe 1 et à son interviewer vedette, Jean-Pierre Elkabbach. Il évoquait alors l'âpreté du combat politique, et s'en ouvrait à propos de celui qu'il mena contre et avec François Mitterrand :

"Nous nous sommes combattus. Mitterrand était mon adversaire et j'étais le sien. On peut combattre un adversaire et le mépriser ou le combattre et l'estimer. Et dans ce cas particulier, j'avais pour Mitterrand de l'estime." 

Je ne sais si Jacques Chirac a mesuré, au moment où il prononça cette phrase, son poids en ironie cruelle à ses propres dépens. Oui, Chirac a admiré et estimé Mitterrand, avec les yeux irrésistibles du disciple s'efforçant de prétendre (en vain) se hisser au niveau du maître, tant en habileté politique qu'en domination intellectuelle. Cependant, la réciproque ne va pas de soi, pour les mêmes raisons d'ailleurs. Et quand Jacques Chirac affirme qu' "on peut combattre un adversaire et le mépriser ou le combattre et l'estimer", il semble résumer au plus simple sa relation avec François Mitterrand, qui lui le méprisait cordialement en échange de l'estime décrite ici. 

La personnalité de François Mitterrand commence d'ailleurs à peine à se rendre accessible aux yeux des citoyens français dont il fut le monarque durant quatorze ans. On découvre ainsi au coeur des mémoires de Chirac que c'est Mitterrand qui lui mit en quelque sorte le pied à l'étrier en vue des présidentielles perdues d'avance de 1995, alors que dans celles d'Edouard Balladur, intitulées Le Pouvoir ne se partage pas, on apprend que c'est toujours le Président qui a incité son Premier ministre d'alors à se présenter aux mêmes élections. Un scenario qui en dit long sur la vocation de marionnettiste de l'un, et par voie de réciproque sur celles nettement moins glorieuses de ses pantins d'un jour. 

Chaque pas doit être un but, nous dit-on. La citation ne précise pas s'il importe que ce but soit personnel. C'est heureux, car Jacques Chirac a bien souvent atteint les buts des autres en pensant toucher aux siens.

13.10.2009

Dominique de Villepin : "ni haine ni rancoeur" ?

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Dominique de Villepin s'est exprimé devant la presse le lundi 12 octobre, à la sortie d'un tribunal dans lequel il venait de conclure sa dernière déclaration avant les plaidoiries. S'il n'est pas question de remettre en cause la sincérité de ses propos, il reste possible d'en jauger la portée médiatique complexe à quelques jours du dénouement du procès Clearstream :

"L'affaire Clearstream est une affaire nauséabonde, mais ce n'est pas une affaire politique. J'ai vécu l'injustice d'accusations qui n'étaient pas fondées pendant plusieurs années. Je suis donc bien placé pour savoir le sentiment des parties civiles qui ont supporté d'être mises en cause, injustement. Je dis bien : toutes les parties civiles, y compris Nicolas Sarkozy, et je le dis avec d'autant plus de force que l'on a voulu faire de mes relations avec Nicolas Sarkozy, partie civile et Président de la République, une histoire de haine. Il n'y a jamais eu de haine au fond de moi. Il n'y a jamais eu de rancoeur au fond de moi."

Dès la première phrase, le risque du contresens existe :  si Clearstream "n'est pas une affaire politique", alors pourquoi avoir insisté sur le caractère politique de ce procès lors de son ouverture, le 21 septembre dernier ? Souvenons-nous :

"Certains voudraient croire qu'il n'y a pas dans notre pays de procès politique, je veux le croire aussi et pourtant nous sommes ici en 2009 et nous sommes en France."

C'est justement là qu'est l'ambiguité, qui une fois levée laisse apparaître trop timidement la cohérence de l'ancien Premier ministre : selon lui Clearstream n'est pas une affaire politique. C'est "simplement" une histoire de falsification visant à déstabiliser un certain nombre de personnalités dont le lien entre elles reste vraisemblablement à découvrir, peut être aux confins du cerveau trouble d'Imad Lahoud. Par contre, le procès Clearstream est un procès politique, puisque il a de tous temps été présenté comme le climax de la rivalité entre Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy, le second y voyant enfin l'occasion de prendre sa revanche sur le premier, lui-même accusé d'avoir tenté de l'évincer du jeu politique à la déloyale. CQFD.

Ceci nous amène à la conclusion de Dominique de Villepin : "Il n'y a jamais eu de haine au fond de moi. Il n'y a jamais eu de rancoeur au fond de moi." "Quelle rigolade", s'exclame dans le meilleur des cas le français moyen enfin parvenu au travail et sur le point d'éteindre son autoradio à l'issue de 45 minutes d'embouteillage. Lui aussi a en tête la même déclaration du 21 septembre, qui dénonçait nommément "l'acharnement d'un homme", Nicolas Sarkozy. Et dans une transition explicite, ce jour-là, Villepin présentait son combat comme celui contre l'injustice et les abus de pouvoir. 

Avec en arrière-plan de telles déclarations, datant de plus d'il y a moins d'un mois, se défendre d'éprouver de la rancoeur ou même de la haine revient à se suicider médiatiquement. Et déjà j'entends le choeur de l'opinion publique, cette voile sans mât qui se gonfle d'importance au moindre zéphir éphémère parce qu'elle pense mener le navire : "S'il est aussi crédible dans ses alibis et ses déclarations techniques que dans l'exposé de ses sentiments personnels, sa femme ferait mieux de lui tricoter derechef un pyjama rayé !"

Certes, les rapports entre Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy n'ont jamais été simples, ni apaisés. Bruno Le Maire, qui les côtoya conjointement durant plusieurs années - les plus cruciales - ne disait d'ailleurs pas autre chose à Christophe Barbier sur LCI le 3 janvier 2008. Oui, mais dans la même phrase, il plaçait aussi ces rapports sous le signe de sentiments bien différents de la haine et de la rancoeur permanente :

"J’ai toujours vu entre les deux hommes beaucoup de respect. Du conflit, effectivement, des affrontements, parfois très brutaux, mais aussi un immense respect et une très grande admiration l’un pour l’autre.

Ainsi lorsqu'il affronte médiatiquement Nicolas Sarkozy le 21 septembre pour en dénoncer l'acharnement, Dominique de Villepin ne fait de son point de vue en aucune façon part d'une quelconque "haine" : il s'inscrit simplement dans la continuité de leurs rapports, dans le cadre cependant d'une virulence jamais atteinte car cette fois son intégrité (personnelle et politique) est en jeu.

Pour autant, même si l'on admet que la cohérence des propos de Dominique de Villepin analysée comme à l'instant soit réelle, une question primordiale reste en suspens : est-il vraiment possible pour le commun des citoyens, à l'issue de la déclaration du 12 octobre, de réunir les pièces d'un tel puzzle en quelques instants afin d'éviter la confusion - elle-même synonyme de condamnation implicite ? La réponse est évidente, de mon point de vue : c'est non. Et si c'est non, c'est que la stratégie médiatique adoptée était la mauvaise.

Dominique de Villepin l'a amplement dénoncé lui-même, le procès avait commencé dans les médias autorisés bien avant le 21 septembre. Ceux-ci le présentaient comme un adversaire sournois de Nicolas Sarkozy, ce que tendait à confirmer le passé de notoriété prétendue commune de Dominique de Villepin, qui bien avant d'être Premier ministre se serait occupé, dans l'ombre de Jacques Chirac, de dénouer les ficelles les moins reluisantes de la République. Sur la base d'un tel constat, sa défense ne pouvait s'organiser en même temps autour de l'impossibilité d'une telle adversité ou d'une telle affaire, et ruer dans les brancards sarkozystes à la première occasion. La seule réponse efficace eût été l'indifférence transparente.

On rapporte que François Mitterrand aurait un jour fait l'apologie de la "passion pour l'indifférence" en politique : elle en est même une condition sine qua none. Si Dominique de Villepin s'était barricadé dans un discours simple, consistant d'abord à reconnaître le caractère légitimement tendu de ses rapports avec le Président, consistant ensuite à excuser miséricordieusement, du fait du caractère désagréable et infâme de la falsification Clearstream, la fébrilité qu'il entraînait chez certaines parties civiles, consistant enfin à comprendre publiquement que les circonstances semblaient en faire un coupable idéal pour telle et telle raison, alors la donne en eût été changée, et les explications fournies auraient sans doute trouvé un autre écho - parce qu'elles auraient, avant de s'affirmer, épuisé les contradictions latentes de l'opinion publique. Certes, il s'agit plus ou moins de la position tenue suivie en pointillés par Dominique de Villepin durant les mois précédant le procès. Mais le déroulement des événements plus récents fut tout autre.

En dénonçant le procès Clearstream comme un procès politique, Dominique de Villepin a peut être placé une banderille (inoffensive), mais il s'est surtout exposé, qui plus est sur le terrain de son adversaire. Le seul moyen de ne pas accréditer la thèse sarkozyste, c'était de lui dérouler le tapis. Non pas pour tendre l'autre joue, mais pour la laisser s'exprimer jusqu'à son terme, afin d'en montrer de manière évidente l'absurdité finale. De même, quand Nicolas Sarkozy le traite de "coupable" à la télévision, la meilleure défense n'est alors pas l'attaque, mais bien plutôt l'indifférence compassionnelle : "Qui n'aurait pas hâte de trouver des coupables à sa place ? J'en ferais autant si j'étais lui. Je suis certain que j'aurais aussi du mal à rester serein".  

Le problème, c'est qu'une telle distance demande un travail constant, et même une certaine disponibilité occasionnelle pour prendre tout le recul nécessaire au dépassement quotidien de situations à ce point étouffantes. Pour ce faire, il faut déléguer, s'entourer, prendre conseil, ne jamais réagir à chaud, ne jamais laisser transparaître d'animosité, de mépris, de morgue. Or Dominique de Villepin travaille seul. Seul, il décide, même après avoir pris conseil. Seul, il monte au créneau, en dépit de la fatigue, de l'épuisement, du bon sens enfin. Seul, il charge ses adversaires, dont la multitude le galvanise systématiquement, rejoignant en ceci tour à tour et en fonction des observateurs Don Quichotte ou Cyrano de Bergerac :

" DE GUICHE (qui s'est dominé, avec un sourire) : . . . Avez-vous lu Don Quichot?

CYRANO : Je l'ai lu.

Et me découvre au nom de cet hurluberlu.

DE GUICHE : Veuillez donc méditer alors. . .

UN PORTEUR (paraissant au fond) : Voici la chaise.

DE GUICHE : Sur le chapitre des moulins !

CYRANO (saluant) : Chapitre treize.

DE GUICHE : Car, lorsqu'on les attaque, il arrive souvent. . .

CYRANO : J'attaque donc des gens qui tournent à tout vent ?

DE GUICHE : Qu'un moulinet de leurs grands bras chargés de toiles

Vous lance dans la boue !. . .

CYRANO : Ou bien dans les étoiles !"

Le procès Clearstream n'est pas terminé, et il peut toujours décider de l'innocence de Dominique de Villepin. Cependant, stratégiquement, Nicolas Sarkozy a déjà gagné. Le Point rapporte qu'avant le procès, Villepin s'exclamait à propos de Nicolas Sarkozy :

« Se laisser dominer par la passion, par la haine, c’est ça, l’échec. Je ne lui ferai pas ce plaisir. Je lui fais confiance pour faire des conneries. »

Se pensant hors de portée, Villepin a ainsi au cours du procès plusieurs fois réagi à ce qu'il pensait être des "conneries".  Il ne s'est pas rendu compte - ou trop tard - qu'en fait Nicolas Sarkozy le plaçait volontairement dans la position qu'il affectionne, c'est à dire le dos au mur, seul contre tous.  Ce faisant, il pariait qu'il ne résisterait pas à l'envie de ferrailler, alors même que chacun des coups qu'il porterait le désignerait comme un coupable idéal. Cela n'a pas raté : tout au long du procès, les médias ont loué le panache de Villepin dans la bataille. Mais toujours pour mieux en déduire que les jeux étaient faits.  

12.10.2009

Jean-Luc Mélenchon, la gauche décomplexée

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L'homme politique a ceci de commun avec l'homme amoureux que s'il semble vacillant sur sa propre identité, il ne donne envie à personne de l'accompagner. Que Jean-Luc Mélenchon soit amoureux ou aimé, cela ne nous regarde pas, selon l'expression consacrée. Par contre, il est évident que ses convictions n'ont pas peur d'elles-mêmes, et fait exotique à gauche, elles n'ont besoin d'aucun levier extérieur (comme l'anti-sarkozysme ou la victimisation médiatique) pour exister.

Interrogé dimanche 11 octobre au Grand Jury d'Europe 1, Jean-Luc Mélenchon a eu l'occasion de s'expliquer sur de nombreux sujets, dont le prix Nobel de la paix décerné à Obama, la situation géopolitique qui y ramène, mais aussi les perspectives d'alliances pour son Parti (de Gauche). Pourtant, le propos qui retint mon attention toute dominicale fut celui relatif à l'affaire Frédéric Mitterrand, parce qu'il présentait sous une forme on ne peut plus cohérente deux affirmations que peu de personnalités politiques avaient osé joindre au sein de leur propre position, pensant sans doute que la plèbe le bon peuple ne pouvait en supporter qu'une à la fois :

"Je ne suis pas quelqu'un qui a la moindre complaisance pour M. Frédéric Mitterrand, qui n'est ministre que parce qu'il s'appelle Mitterrand. Mais là où ça ne va plus, c'est quand on vient dans ce système infâme qui s'appelle le pilori. On sort ça quatre ans après avec une citation truquée et aussitôt sort l'armée des jeteurs de pierres. Ca, c'est inacceptable. [Frédéric Mitterrand] a écrit un livre il y a quatre ans qui s'appelle La Mauvaise vie. C'est peu dire, il ne s'appelle pas La bonne vie ou Qu'est-ce qu'on rigole en Thaïlande."

Jean-Luc Mélenchon réussirait-il là où le PS échoue régulièrement, c'est à dire à paraître crédible dans une opposition libre de tout systématisme dans la critique ? Les prochaines échéances électorales le diront. Dans l'immédiat, Jean-Luc Mélenchon peaufine la seconde phase de sa stratégie d'investissement de la gauche française. Car après en avoir posé les fondements lors des européennes de juin, en gagnant à sa cause une partie des réseaux locaux (importants) du Parti Communiste, il en consolide actuellement la charpente, dans un double objectif :

  1. Montrer que la gauche existe, qu'elle est toujours capable de proposer un système alternatif de gestion des richesses, et que ce dernier n'est pas incompatible avec une intégrité républicaine à toute épreuve.
  2. Montrer que cette gauche n'a pas besoin de lièvre, se nommerait-il Nicolas Sarkozy (ou ici Frédéric Mitterrand), pour exister sur le plan des idées. Alors que la plupart des partis ambitionnant d'être "d'opposition" se caricaturent en privilégiant les luttes de personnes et en réduisant à trois ou quatre noms propres les problèmes de la France, Mélenchon parvient à jouer le chaud et le froid jusqu'à imposer une certaine sincérité idéologique comme l'une de ses cartes maîtresses dans le débat politique.

Le président du Parti de Gauche a ainsi su conquérir une certaine hauteur de point de vue et d'argumentation, et la charpente idéologique qu'il privilégie devrait sous peu porter des fruits magnétiques du fait des conséquences de la crise économique d'une part et du délitement du PS d'autre part : nombreux sont ceux qui, parce que peu portés vers la social-démocratie et écoeurés par les combines d'appareil, pourraient se laisser glisser insensiblement vers le Parti de Gauche. Un bon score aux régionales leur savonnerait d'ailleurs allègrement la pente.

Il est certain que toute médaille ayant son revers, le franc parler de Jean-Luc Mélenchon et sa capacité à partir au quart de tour restent aussi potentiellement un écueil redoutable dans la perspective des prochaines présidentielles : son blog témoigne en effet d'une profusion de dénonciations qui s'y amoncellent jour après jour sans qu'une stature "providentielle" - au sens où les français l'affectionnent - s'en dégage absolument. Mais c'est que Mélenchon ne sème pas encore : il laboure toujours, dans la jubilation exubérante de son émancipation récente. Et lorsque du fait de ses interventions répétées, de ses formules imparables et de résultats électoraux, il sera devenu incontournable à gauche et sur les plateaux de télévision, alors, comme d'autres avant lui, il se préoccupera de sa stature. A moins qu'à l'image d'un NPA redoutant de grandir puis de gouverner, il ne souffre du pendant politique du syndrôme de Peter Pan. Mais Jean-Luc Mélenchon n'est pas trop Walt Disney dans l'âme : c'est bien trop américain.

24.09.2009

Affrontement Villepin/Sarkozy : la foi, l'ennui ou le dilemme

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Face au choc de titans que se livrent depuis le 21 septembre par déclarations médiatiques interposées Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy, le citoyen français moyen mais averti a le choix entre au moins 4 attitudes différentes :

  1. Le villepiniste convaincu. Pour lui, Dominique de Villepin est au-dessus de tout soupçon : le procès Clearstream en devient ainsi une machination dont Nicolas Sarkozy - adversaire légendaire de Villepin - est aux commandes dans le but de réduire à néant les espoirs du seul adversaire politique susceptible de lui confisquer la prochaine mandature présidentielle. L'ancien Premier ministre reste pour sa part l'exemple même d'une intégrité qui fait tache au sein d'une UMP corrompue. L'issue du procès, qu'elle innocente ou condamne Villepin, le confortera dans cette conclusion.
  2. Le sarkozyste convaincu. Pour lui, Nicolas Sarkozy est au-dessus de tout soupçon : Le Président est victime une fois de plus d'un TSS sournois, car ses adversaires politiques - dont est depuis longtemps, et de notoriété commune, Dominique de Villepin - ne pouvant l'arrêter à la régulière se sont employés à stopper son avancée politique par la calomnie. Villepin, dont chacun sait qu'il est resté de longues années l'éminence grise de Jacques Chirac, l'homme de l'ombre, le stratège invisible, maîtrise à merveille les arcanes du pouvoir et sait tirer les fils des renseignements et services secrets divers. Il est forcément coupable, et l'issue du procès, qu'elle l'innocente ou le condamne, ne parviendra pas à le blanchir complètement à ses yeux.
  3. Le sceptique absolutiste. Pour lui, Villepin et Sarkozy, c'est bonnet blanc et blanc bonnet : tous deux sont des arrivistes sans scrupule dont le parcours témoigne d'une unique volonté, celle de se hisser au pouvoir suprême, à n'importe quel prix. Que Sarkozy soit responsable d'une machination anti Villepin, ou que Villepin ait fomenté un complot anti Sarkozy, cela ne lui inspire qu'un ennui mêlé de mépris pour ces deux maniganceurs qui, s'ils sont innocentés, passeront une fois de plus entre les mailles du filet, et s'ils sont condamnés (même à tort), paieront - toujours trop peu - pour un passé tumulteux dont de toute manière personne n'arrivera jamais à mesurer la profondeur ignominieuse.
  4. Le réaliste partagé. Pour lui, ni Villepin ni Sarkozy ne sont haïssables : Dominique de Villepin reste à ses yeux un grand ministre des Affaires étrangères, puis de l'Intérieur, puis un Premier ministre besogneux doublé d'un écrivain talentueux, quand Nicolas Sarkozy représente un homme politique hors du commun par son génie stratégique et sa capacité d'initiative. Certes, Villepin est souvent plus grandiloquent que nécessaire, et Sarkozy manque parfois de hauteur dans l'accomplissement de sa tâche : l'homme politique parfait serait donc peut être le fils caché qu'ils n'auront par définition jamais. Mais leurs défauts respectifs démontrent tout au plus leur humanité, de même que leur propension éventuelle à être prêts à tout pour accéder au pouvoir. Chacun d'eux étant ainsi susceptible d'avoir cédé aux sirènes du complot, lui ne sait pas qui absoudre, et doit donc se résoudre à s'en remettre à la Justice pour éclairer sa lanterne.

Les trois premières attitudes décrites ci-dessus ont ceci en commun que, sauf élément nouveau et révolutionnaire, le procès en cours ne parviendra pas à les modifier : tout au plus les nuancera-t-il sur tel ou tel point de détail relatif à l'un des protagonistes. Il s'agit donc d'attitudes bénéficiant d'un relatif confort, celui des certitudes, quand bien même celles-ci ne seraient pas des plus réjouissantes (je pense au sceptique absolutiste).

La quatrième attitude reste donc la seule susceptible d'évoluer dans le temps notamment vers l'une des trois autres, en fonction des conclusions du procès. Elle a ceci d'inconfortable qu'elle s'appuie sur des certitudes qui n'en sont pas, puisqu'au-delà de la valeur certaine qu'elle reconnaît à Villepin ou Sarkozy, elle n'est pas capable de trancher quant à leur culpabilité éventuelle. Pis, il lui arrive de fluctuer. Lorsque Dominique de Villepin arrive en compagnie de sa famille au procès, le réaliste partagé se demande avec Jean-Michel Aphatie s'il est réellement possible qu'un père de famille à la probité si évidente puisse s'être perdu les sombres manoeuvres de Clearstream. Puis il repense, référence hautement culturelle à l'appui, aux précédents en la matière.

Là-dessus surgit un mot (de trop) du Président plaignant, qui quatre semaines avant la fin du procès déclare dans le cadre d'un entretien solennel que son adversaire est "coupable". Qu'à cela ne tienne : ledit Président se voit immédiatement assigné en justice pour ce motif. Ce n'est plus un combat judiciaire, c'est un match de ping-pong médiatico-politique qui prend la République française pour table de jeu, les avocats pour raquettes et la Constitution pour filet. Et voilà notre réaliste qui se sent devenir sceptique.

C'est qu'il oublie le caractère naturel, pour ne pas dire biologique, de ce à quoi il assiste. L'affrontement méritocratique est certainement l'exemple le plus civilisé de la loi de la jungle, qui prône une sélection naturelle en tout. Le problème du réaliste partagé, c'est que tel une lionne lascive, la fécondation de son esprit d'analyse dépend de l'issue du combat de fauves qu'il observe - quand ses trois congénères sont déjà porteurs de leurs propres germes de certitudes. Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin, en s'empoignant de la sorte, obéissent ainsi sans doute à leur instinct incontournable, celui qui commande à leur ego d'aller jusqu'au bout de la logique d'excellence.

Que le spectateur citoyen ne s'y trompe pas, lui qui oscille alors entre admiration et mépris, et qui lorsqu'on lui confie que c'est pour lui, parce qu'il a droit à la vérité, que ce combat a lieu, s'insurge immédiatement : "Que nenni, ils se battent pour eux-mêmes, leur carrière, leur honneur... Je n'ai que faire pour moi de leurs simagrées affligeantes !" Quelle insouciance, que ce détachement artificiel ! Les lions ne se battent pas pour couvrir des hyènes, et les lionnes n'attendent pas les faveurs des chacals. Si les fauves livrent bataille, c'est parce qu'ils veulent gagner le droit au prolongement de leur lignée et à la conservation de leur territoire, et chaque spectateur, quelle que soit son attitude envers le vainqueur, en sera prochainement partie prenante.

Le procès Clearstream est certainement parmi les combats judiciaires de la République l'un des plus symptomatiques de la nature humaine. Il nous rappelle que l'homme politique est avant tout un homme, et que la République a été conçue pour empêcher le déchaînement d'une tendance propre à tout être humain, celle qui consiste à s'affranchir des obstacles légitimes que soulève son ambition. Croire qu'un tel déchaînement est impossible, c'est nier la raison d'être de la République. Croire qu'il est inévitable et universel, c'est en nier la portée. Croire qu'il m'est totalement étranger, c'est nier ma propre humanité. Hourra.