23.06.2010
Les départements de gauche : des laboratoires d'incapacité ?

Le dirigeant du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, s'exprimait le mardi 22 juin dans l'émission C dans l'Air à propos de la nécessité pour la gauche d'être désormais aussi décomplexée que la droite sarkozyste. "Il faut, disait-il à quelques mots près, être plus clair dans notre façon de parler. C'est pourquoi, lorsque la droite dit qu'il est impossible de préserver la retraite à 60 ans, je leur dis de me laisser la place, parce que moi, je sais comment faire."
A la lumière de ces quelques mots, nous comprenons mieux pourquoi Mélenchon a quitté le PS : s'il sait faire et le revendique, les socialistes - Claude Bartolone, président du Conseil général de Seine Saint Denis en tête - continuent à revendiquer haut et fort qu'ils ne savent pas faire, mais que cela reste la faute des autres. Relisons La Tribune du 23 juin :
"Le 8 avril dernier, le patron socialiste du « 93 » a fait voter un budget 2010 en déséquilibre de 75 millions d’euros. Une première. Transmis à la Chambre régionale des comptes, ce budget a été d’autorité « rééquilibré ». Il sera de nouveau soumis au vote du Conseil général de Seine-Saint-Denis vendredi. A priori, l’assemblée devrait refuser de l’avaliser. « Les élus vont laisser le soin au préfet d’exécuter ce budget, afin que l’Etat assume lui-même la responsabilité de sa politique », explique une proche de Claude Bartolone.
D’autres départements devraient à leur tour décider des actions spectaculaires. Ainsi le président PS de l’Assemblée des départements de France (ADF), Claudy Lebreton, fera voter, lundi prochain, une décision modificative insincère à son budget primitif 2010. « Je vais inscrire en recettes ce que l’Etat me doit au titre des trois allocations, soit 16 millions d’euros », explique à « La Tribune » le président des Côtes-d’Armor. Plusieurs de ses collègues de gauche devraient faire de même, voire suspendre le versement de certaines prestations."
Certes, cela se passe à l'échelle des départements. Mais l'idée selon laquelle les régions et départements sont désormais des laboratoires locaux en vue de futures expériences nationales n'a-t-elle pas fait son chemin depuis que Ségolène Royal fit de Poitou-Charentes, en 2007, l'étendard de sa crédibilité présidentielle ?
A l'heure où le PS cherche une nouvelle crédibilité que la crise aurait dû lui donner depuis longtemps, pour peu qu'il s'en soit saisi, les départements de gauche envoient ici un message fort aux électeurs français : "non seulement nous ne parvenons pas à équilibrer nos budgets, mais nous en rejetons la responsabilité sur l'Etat, tout en continuant sur le plan national à l'accuser de creuser sans vergogne les déficits."
C'est puissant, comme raisonnement, mais peut être pas dans le sens qu'il faudrait.
14:38 Publié dans Gauche | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : claude bartolone, conseil général, départements, seine saint denis, jean luc melenchon, la tribune
22.06.2010
République Solidaire : réactions (suite)

Henri Guaino, conseiller spécial à l'Elysée :
"Je ne me reconnais pas du tout dans ce discours-là, je n'y reconnais ni ma conception de la République, ni ma conception de la nation, ni ma conception de l'Etat, ni les leçons que moi je tire du gaullisme. Ce ne sont pas mes convictions, c'est le contraire par exemple de l'idée que je me fais de la République. Dominique de Villepin veut aller à la rencontre des Français, qu'il y aille, nous verrons bien ce que feront ses amis. [Dominique de Villepin] n'est pas parlementaire, donc il n'aura pas à décider s'il vote contre le gouvernement ou pour le gouvernement. [...] Jusqu'à nouvel ordre, les quelques parlementaires qui ont assisté [au meeting de M. de Villepin] se situent dans la majorité et votent en général les textes du gouvernement."
Frédéric Lefèbvre, porte-parole de l'UMP :
"La seule chose qui préoccupe les Français, c'est la question de la sortie de crise et la question du sauvetage des retraites, nous ne nous laisserons pas détourner de ces objectifs. La question de 2012, qui que ce soit qui en parle aujourd'hui, et il y en a un certain nombre, elle est indécente."
Dominique Paillé, porte-parole adjoint de l'UMP :
"Nous ne commentons pas cet événement minime du week-end. Pour les Français, il y en a d'autres plus importants."
Georges Tron, UMP, secrétaire d'état à la Fonction publique :
" Pour moi les choses sont très simples. Il faut que Dominique de Villepin participe au travail de la majorité, qu'il nous apporte quelque chose de plus dans la majorité. S'il franchit la ligne qui consiste à ne plus être dans la majorité, je pense qu'il perdra une grande partie de ses amis."
Michèle Alliot-Marie, UMP, garde des Sceaux (Talk Orange-Le Figaro) :
"Chacun peut créer son parti politique, chacun peut se réclamer du gaullisme, mais le gaullisme, ce n'est pas sauter sur sa chaise, en disant "De Gaulle, De Gaulle, De Gaulle". D'abord, le Général De Gaulle, il y en a eu un, et il n'y en a pas d'autre, et je pense que ce n'est pas par des postures que l'on peut répondre à cela, c'est véritablement en faisant la démonstration de convictions. Nous verrons ce qu'il présentera comme programme. Pour l'instant, j'ai entendu des critiques, je n'ai pas vu un programme. C'est au regard du programme que je pourrai me prononcer."
Voici quelques liens vers des réactions et reportages de blogueurs :
David Doucet pour Reversus : République Solidaire : une naissance sous le sceau de la contradiction
Luc Mandret : République Solidaire : Villepin lance le parti chiraquien
Opinion sur rue : En attendant de Villepin
Vogue Haleine : Dominique de Villepin ; La République Solidaire ; tirlipompom, tralalalalère
06:50 Publié dans Dominique de Villepin, Villepin / Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : dominique de villepin, henri guaino, republique solidaire, parti, dominique paille, frederic lefebvre, michele alliot marie, georges tron, david doucet, reversus, vogue haleine, opinion sur rue, luc mandret
20.06.2010
Le Gaullisme, par Henri Guaino

À l’occasion du 70ème anniversaire de l’Appel du 18 juin, Henri Guaino, conseiller spécial à la Présidence de la République, a eu l'occasion à Colombey-les-Deux-Églises de rappeler lors d'une allocution sa définition personnelle du Gaullisme. Elle m'apparaît comme la synthèse la plus juste des points de vues éclairés qu'il est possible de recueillir sur la question - l'érudition et le style en plus. Extraits.
"Ne jamais désespérer de la France et des Français, là commence la leçon du gaullisme.
Le gaullisme, c’est le choix de la Démocratie et de la République, l’appel de la justice, le sens de l’État, l’amour de la patrie, le goût de servir une cause plus grande que soi, la conviction que la France a dans le monde un rôle particulier à jouer et un rang à tenir...
Ce n’est pas une religion. C’est une leçon de caractère, de morale et de politique.
Personne ne sait ce que le général de Gaulle dirait ou ferait aujourd’hui. Mais chacun d’entre nous sait ce qui nous lie les uns aux autres : non pas vouloir imiter le général de Gaulle, ce qui serait ridicule, mais vouloir être à la hauteur de ce qu’il nous a appris à travers tout ce qu’il a accompli. Je dis bien « tout » ! Parce que le gaullisme c’est comme la Révolution pour Clémenceau, c’est un bloc ! On ne peut pas séparer le gaullisme de guerre de celui de la Libération et de celui de la Vème République.
Le général de Gaulle n’est pas un héros romantique dévoré par ses passions et par ses sentiments. C’est un héros de la tragédie qu’est la lutte éternellement recommencée contre le renoncement et la fatalité par tous ceux qui savent que « seuls les esclaves disent toujours oui ».
On a souvent reproché au général de Gaulle son orgueil ombrageux, son intransigeance. Mais face à Churchill, face à Roosevelt, il était celui qui, n’ayant rien, ne pouvait rien céder. Cet orgueil, c’est le même celui du pauvre qui ne peut transiger sur la conscience de sa propre dignité car il ne possède rien d’autre. L’orgueil gaullien n’est pas un contentement de soi, c’est une exigence vis-à-vis de soi-même.
« Devoir d’orgueil » disait Philippe Séguin auquel je ne peux m’empêcher de penser et qui m’a permis de si bien comprendre la leçon humaine du gaullisme. L’émotion que sa mort suscita chez tant de Français montra qu’à travers ce qu’il incarnait beaucoup d’autres l’avaient comprise aussi.
[...] Et à ceux qui vous diront qu’ils ne comprennent pas ce qu’est le gaullisme, vous répondrez que l’on ne le comprend jamais mieux que lorsque l’on se trouve confronté à l’antigaullisme, c’est-à-dire à celui qui vous explique toujours qu’il faut subir. Ils n’auront pas beaucoup de mal à le trouver.
A ceux qui vous diront qu’ils ne se sentent plus concernés par la leçon du gaullisme, sous prétexte qu’elle appartiendrait au passé, vous répondrez que cette leçon est éternelle.
A ceux qui demain seront tentés de se prendre pour les seuls héritiers du gaullisme, vous répondrez que le gaullisme n’appartient à personne, à aucun parti mais qu’il se mesure pour chacun à l’aune des actes de sa vie."
16:03 Publié dans Droite | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : henri guaino, discours, 18 juin
République Solidaire : premières réactions

Après le lancement le 19 juin du parti villepiniste, République Solidaire, les premières réactions ne se sont pas faites attendre. Les réactions les plus saillantes sont bien entendu venues des partis susceptibles de voir certains de leurs électeurs se tourner vers Dominique de Villepin, à savoir l'UMP et le FN. Florilège, de gauche à droite.
- Jérôme Cahuzac, député PS, président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale :
"Les relations entre [Nicolas Sarkozy et lui] sont tellement exécrables qu'on voit mal comment Dominique de Villepin aurait pu contribuer en quoi que ce soit à l'éventuelle réélection [du président sortant]."
- François Hollande, député PS, ex-premier secrétaire du PS :
"Si Dominique de Villepin va jusqu'au bout, il compliquera la tâche du candidat de droite à la présidentielle de 2012. Il y a toujours eu au sein de la droite française cette volonté de créer une alternance dans son propre camp. Dominique de Villepin reprend ce qui a été un moment le langage de Jacques Chirac dans les années 70."
- François Bayrou, député, président du MoDem :
"Pour lutter contre [l]es abus [du pouvoir actuel], toutes les bonnes volontés sont bienvenues. Mais comment peut-on rester adhérent de l'UMP et prétendre créer un mouvement d'alternative?"
- Eric Woerth, ministre du Travail, trésorier de l'UMP :
"A partir du moment où M. de Villepin fait son parti politique, je pense, en tout cas je n'ai pas de raison d'en douter, que c'est dans un cadre unitaire, il souhaite participer à la réflexion... Je me projette dans une perspective à 2012, au fond chacun a le droit d'apporter ses propres idées, il faut se retrouver après dans une logique unitaire derrière le Président de la République".
- Marc-Philippe Daubresse, ministre de la Jeunesse et des Solidarités actives :
"L'ancien Premier ministre, qui ne s'est jamais présenté à une élection, commence bien mal sa carrière politique. C'est dans une posture totalement politicienne, mélange d'opportunisme et de démagogie, que s'est enfermé Dominique de Villepin à l'occasion du lancement de son parti. Les centristes de la majorité présidentielle ne se reconnaissent aucunement dans ce discours caricatural : on ne devient pas centriste en un jour. Personne ne s'y trompe : ce nouveau parti n'a qu'un objectif, servir l'ambition et les rancœurs d'un homme qui revendique tout azimut l'héritage gaulliste et centriste. A force de vouloir être partout, Dominique de Villepin finit par ne plus être nulle part."
- Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement Supérieur :
"J'ai travaillé avec Dominique de Villepin, que je connais très bien, mais je crois que Dominique de Villepin poursuit une chimère [en croyant qu']il existe une alternative à droite à Nicolas Sarkozy. [...] La France a besoin d'action, elle n'a pas besoin de postures, elle besoin d'union, elle n'a pas besoin de division. L'action et l'union aujourd'hui elles sont derrière Nicolas Sarkozy."
- Renaud Muselier, député des Bouches-du Rhône, ex-secrétaire d'état de Dominique de Villepin aux Affaires étrangères (interview dans Le Point) :
"Villepin n'est pas un problème pour Nicolas Sarkozy. Le chef de l'État a montré qu'il était capable de régler une crise financière internationale, de gérer la crise de l'euro, de mener des réformes capitales comme celle des retraites. Et je n'ai entendu Dominique de Villepin sur aucun de ces sujets. Il ne propose rien, mais il critique tout. De plus, depuis son passage au ministère des Affaires étrangères et son discours prononcé devant l'ONU en 2003, Villepin n'a pas laissé de souvenir impérissable. Qui peut oublier la désastreuse dissolution de 1997 tandis qu'il était secrétaire général de l'Élysée ? Ou encore le blocage de la France à cause du CPE en 2006 quand il était Premier ministre ? Villepin n'a rien prouvé. Et il continue dans ses erreurs de choix et d'analyses. Selon moi, Villepin devrait, au contraire, être à fond derrière Sarkozy.
[...] D'ailleurs, peu de parlementaires UMP l'ont rejoint. Et ceux qui sont envoûtés ou charmés par son panache argenté déchanteront vite, car Villepin méprise les élus qu'il prétend rallier à son combat. Je conseille à ces parlementaires de bien réfléchir. S'ils franchissent le pas, ils se trouveront dans une impasse.
[...] À mon sens, Villepin s'est tout simplement trompé de métier. Il veut s'affirmer comme un chef politique sans jamais avoir eu le désir d'être candidat à une élection. C'est un aristocrate, un haut fonctionnaire, un poète. Il connaît l'histoire de France, mais il ne connaît pas la France et encore moins les Français. Ce n'est pas le profil idéal pour la fonction convoitée.
[...] Villepin n'émet que des messages négatifs : je n'entends que des critiques dans sa bouche et je ne vois que de la division. Tout cela pour proposer quoi ? Mystère ! Bref, je ne crois pas en sa démarche. Je ne vois pas du tout quel peut être son espace politique. Son angle politique se résume en fait à la négation de la famille à laquelle il appartient. Tout cela me fait penser à une aventure individuelle et solitaire. Et ces aventures, qui sont motivées par l'ambition personnelle, finissent toujours par s'ensabler."
- Marine Le Pen, vice-présidente du Front national :
"C'est le 19 juin, je crois... c'est ça ! Il représentera ceux qui sont arrivés trop tard. [...] M. de Villepin, qui n'a jamais été élu d'ailleurs, qui a envie pour la première fois de se frotter à l'élection présidentielle, va voir remonter grâce à sa candidature un certain nombre de responsabilités qui sont les siennes dans la situation actuelle. Moi, je n'oublie pas la création de la Fondation des Oeuvres de l'Islam de France sous la haute autorité de M. de Villepin qui a été un des éléments de violation légale de la loi de 1905 (relative à la séparation de l'Eglise et de l'Etat). En l'occurrence, il n'était pas du tout le Républicain qu'il se dit."
15:39 Publié dans Dominique de Villepin, Elections, Villepin / Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : dominique de villepin, valerie pecresse, republique solidaire, 2012, parti, reactions, jerome cahuzac, françois hollande, françois bayrou, eric woerth, marc philippe daubresse, renaud muselier, marine le pen
19.06.2010
La République Solidaire de Villepin est née

Voilà, c'est fait, c'est dit : en ce 19 juin 2010, Dominique de Villepin a créé son propre parti politique, la République Solidaire, qui a donc pris le relais du défunt Club Villepin. Cela s'est passé à la Halle Freyssinet à partir de 15h. Après s'être mis en condition dans un bain de foule conséquent, Dominique de Villepin s'est ensuite lancé dans un discours fleuve, susceptible de tenir à la fois le rôle de propos inauguratif et de programme présidentiel.
Sur la forme, le discours se voulait solennel : il commençait ainsi par de nombreuses références historiques destinées à ancrer la référence républicaine du nouveau parti dans l'histoire du même nom. Emphatique, il utilisait plusieurs fois l'anaphore en début de phrase pour insister sur les points importants ("j'ai vu", "on voulait croire", etc.) Les phrases étaient courtes et de construction simple, travaillées pour éviter tout élitisme verbal (perçu comme tel en tout cas).
Sur le fond, Dominique de Villepin a pris la peine de décliner à l'infini sa perception de la solidarité, en orientant fortement et à de nombreuses reprises son propos vers une nécessité de solidarité sociale véritable pour contrer les disparités économiques, mais aussi et surtout les différences d'origine - et cela devenait finalement le leitmotiv principal de son discours :
" Reprenons aujourd’hui ce flambeau de la fidélité républicaine. Reprenons ce flambeau de justice et de liberté, reprenons ce flambeau d’un rêve toujours vivant. La France, aujourd’hui encore, nous rappelle à notre devoir. Nous, citoyens rassemblés, de toutes origines, de toutes conditions, pour dire une seule chose : nous voulons vivre ensemble, rebâtir une nation et incarner une certaine idée de la France.
[...] Nous n’acceptons pas qu’un gouvernement instrumentalise la peur de l’autre, la peur de l’immigré, la peur de l’étranger, la peur de l’islam, dans le déni de la vocation de la France. Non, nous n’acceptons pas qu’un gouvernement se lance dans une fuite en avant sécuritaire et que le karcher tienne lieu de politique dans le déni des réalités économique et sociale. Quand la France a peur, ce n’est pas la France.
[...] Notre mémoire ne se résume pas à nos ancêtres les Gaulois. Quelle que soit la durée de notre histoire commune, nous sommes liés par les mêmes valeurs et le même destin qui a fait de nous par l’humanisme, les Lumières, la Révolution et la République un pionnier du monde libre. Un quart des Français ont un de leurs grands-parents né à l’étranger. Dans nos mémoires, il y a aussi le souvenir d’Abd el Kader, de Massinissa, de l’empire du Mali ; il y a Toussaint Louverture ; il y a Félix Eboué, Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor. Et souvenons-nous que parmi les combattants de la France Libre qui firent le sacrifice de leur vie, la moitié étaient venus du Maghreb et d’Afrique, beaucoup étaient venus d’ailleurs, d’Europe et du monde."
Par dessus l'épaule des gaullistes et chiraquiens traditionnels, c'est donc avant tout aux français issus de l'immigration, dont on devine qu'il a fait sa base électorale, que Dominique de Villepin voulait adresser son message cet après-midi. C'est d'ailleurs ce que ne manquait de rappeler avec ses mots fleuris Azouz Begag, ancien ministre du gouvernement Villepin et adhérent du MoDem :
" [Dominique de Villepin est] un homme qui va réussir à gagner sans diviser les Français, sans balancer des carcasses de mouton dans les baignoires des appartements, sans crier à tue-tête que la France doit choisir son immigration, pas la subir."
Sur le terrain de l'emploi, Dominique de Villepin a puisé la plupart de ses nombreuses propositions dans le bilan de son gouvernement (2005-2007) dont il s'est dit fier à plusieurs reprises, n'hésitant pas à le relier dans une phrase énigmatique à l'affaire Clearstream :
"Je m’engage fier de mon bilan comme chef du gouvernement entre 2005 et 2007 : en deux ans, avec Jean-Louis BORLOO et Gérard LARCHER, nous avons conduit la bataille pour l’emploi et réussi à réduire de 600 000 le nombre des chômeurs et à obtenir le taux de chômage le plus bas depuis vingt ans. En deux ans, avec Thierry BRETON et Jean-François COPE, nous avons réussi à réduire nos déficits de 20 milliards d’euros et amorcé une baisse historique de l’endettement public.
Je m’engage en en connaissant le prix, l’échec, avec le CPE – et j’en ai tiré les leçons : il ne suffit pas de croire qu’une idée est juste ; il ne suffit pas de vouloir d’en haut pour qu’une idée chemine - le prix c’est aussi la calomnie que j’ai affrontée avec Clearstream."
Concernant la politique étrangère, Dominique de Villepin a tenu là aussi à marquer sa différence - sans jamais le nommer - avec Nicolas Sarkozy, notamment en ce qui concerne les rapports avec le Moyen-Orient et l'Afrique, n'oubliant pas au passage de souligner à plusieurs reprises la situation des palestiniens :
"Au Proche-Orient, en Irak, en Iran ou ailleurs, où sont les propositions françaises ? Quel est notre engagement face au conflit israélo-palestinien devant ce drame d’un peuple palestinien sans terre et sans avenir. Oui Israël a droit à la sécurité. Oui le peuple palestinien a droit à un Etat. Oui Israël et la Palestine peuvent vivre en paix côte à côte. Où est notre politique africaine au-delà des élucubrations sur l’homme africain qui ne serait pas entré dans l’histoire, quand on sait les liens qui nous rattachent à ce continent si proche ; quand on sait l’enjeu que représente l’Afrique en matière politique, économique, culturelle ?"
C'est en ceci finalement que Dominique de Villepin s'est le plus réclamé de l'héritage chiraquien. Il a d'ailleurs cité trois fois son mentor dans son discours, dont deux fois au moment de prononcer son engagement le plus solennel :
"Ce mouvement j’en prends la présidence. J’en mesure toute l’audace, toute la gravité. Mais à 56 ans, je ne m’engage pas par ambition, encore moins par opposition à qui que ce soit. J’ai écarté toute rancune. Je m’engage parce que je pense que les Français ont besoin d’une autre voix. Je m’engage riche d’une expérience auprès de Jacques CHIRAC, dont le combat a été de tracer une voie d’équilibre et d’intérêt général. Jacques CHIRAC dont l’action politique s’est toujours nourrie de volonté, de générosité et d’humanité. Je m’engage fidèle à mes choix de toujours et par passion du service de la France que j’ai eu l’honneur de défendre sur la scène internationale, partout sur le terrain des crises, en Afrique, au Moyen Orient, jusqu’à la tribune de l’ONU en 2003."
Dans le même temps, Le Monde publiait un panorama fort instructif de l'électorat potentiel de Dominique de Villepin :
"Il en ressort que l'ancien premier ministre de Jacques Chirac est crédité d'environ 7 % des intentions de vote. Soit à peine moins que M. Bayrou, qui oscille entre 8 % et 9 %. La cote de M. de Villepin varie peu en fonction des âges, même s'il séduit un peu plus les jeunes entre 25 ans et 34 ans, où il obtient un score de 10 %.
M. de Villepin plaît particulièrement aux artisans et aux commerçants, dont il obtient 11 % des intentions de vote. Il obtient 9 % chez les professions libérales et les cadres supérieurs, 8 % chez les professions intermédiaires, 10 % chez les employés, 5 % chez les ouvriers et 6 % chez les retraités. M. de Villepin attire 10 % des électeurs qui ont donné leur voix à M. Bayrou en 2007, 8 % de ceux qui ont voté pour M. Sarkozy, mais seulement 4 % de ceux qui se sont prononcés pour Ségolène Royal et 3 % de ceux qui ont soutenu Jean-Marie Le Pen."
Tel César franchissant le Rubicon pour entrer dans Rome, bravant ainsi les interdits séculaires, Dominique de Villepin a créé son parti, au nez et à la barbe de l'UMP. La bataille de 2012 peut maintenant commencer. Nul doute qu'elle sera rude.
L'intégralité du discours de Dominique de Villepin en vidéo :
20:26 Publié dans Dominique de Villepin, Elections, Villepin / Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : dominique de villepin, republique solidaire, 2012, presidentielles, parti




